Le Figaro – Le Caire de Gilbert Sinoué

L'ECRIVAIN GILBERT SINOUE.Dans Les nuits du Caire, l’auteur offre un voyage en Égypte où se mêlent action et nostalgie, actualité et histoire.

Voici un roman charmant et percutant, dans lequel le passé joue à cache-cache avec le présent. D’une plume légère et poétique, Gilbert Sinoué nous offre un voyage littéraire dans sa chère Égypte natale. Normal, donc, si le romancier ressemble au narrateur, le dénommé Karim Jawhar. Ce chrétien d’Orient de soixante-six ans décide de revenir sur la terre de sa jeunesse. Un pays qu’il a quitté quarante ans plus tôt.

Pourquoi un tel voyage, alors que l’Égypte est sur le point de chasser Moubarak? L’amour bien sûr! Celui d’un pays qui se libère, mais aussi celui que Karim ressent toujours pour Myriam, avec laquelle il vécut une ardente passion de jeunesse. Or, les deux amoureux d’autrefois se sont donné rendez-vous au Caire. Karim attrape un vol d’Egypt-Air, le 29 janvier 2011, et le voilà sur place le soir même, dans un taxi, en direction de la place Tahrir. Là où la foule gronde et fait vaciller le pouvoir en place depuis trente ans.

Mille et un souvenirs

Très vite, alors que ses retrouvailles avec sa ville natale évoquent en lui mille et un souvenirs, le narrateur est rappelé à sa condition de «khawaga», une expression utilisée par son chauffeur de taxi, par laquelle les musulmans désignent «les communautés dites “marginales”. C’est-à-dire les juifs, les chrétiens (à l’exception des coptes) mais aussi les étrangers, français, anglais ou italiens notamment.»

Reviennent alors à la mémoire de Karim de vieilles souffrances. Il explique que «bien que totalement ancrés en Égypte depuis plus d’un siècle, ces gens – auxquels les miens avaient appartenu – ne furent jamais considérés comme de vrais Égyptiens par les musulmans». Ce qui n’empêchait pas les différentes populations de vivre en harmonie. Mais, à partir de 1956 et la nationalisation du canal de Suez par Nasser, les juifs et les chrétiens furent contraints à l’exil.

Du passé au présent, le narrateur est tiré de ses réflexions par la foule qui bloque son taxi. Il sort de la voiture et est subitement enlevé par des islamistes. Il se retrouve face à un septuagénaire disciple de Ben Laden… Mais tout s’arrange quand le preneur d’otage se rend compte qu’il a travaillé autrefois comme cuisinier pour le père de Karim.

Sauvé par une amitié surgie du passé, Karim retrouve ensuite par hasard un ami d’enfance avec lequel il étudia chez les jésuites. Et quand l’épouse de ce copain lui demande lequel de ses deux pays il aime le plus, il répond: «La différence que je fais entre l’Égypte et la France est exactement celle que je fais entre une mère et une épouse. Une épouse on l’a choisie (…). Mais en aucun cas elle ne pourrait vous faire oublier votre mère.» Quant à Myriam, Karim arrive devant chez elle. Vont-ils s’aimer à nouveau, comme si les années n’avaient pas passé?

 

Blaise De Chabalier